#386 « Comment la prière de la communauté participe à la libération de Pierre ? »

Un nouveau récit occupe tout le chapitre 12 du livre des actes des apôtres. Pierre en est le principal protagoniste, comme nous allons le voir. Cependant saint Luc met tout d’abord le projecteur sur le roi Hérode Agrippa. Celui-ci est le fils d’Hérode le Grand qui régnait à la naissance de Jésus et fit assassiner les enfants de Bethléem. Hérode Agrippa désire plaire aux Romains et règne sur le monde juif autour de Jérusalem. Or il est connu qu’il respecte trop peu les préceptes religieux de la loi mosaïque. Aussi décide-t-il de s’en prendre aux chrétiens, à commencer par Jacques, un des principaux apôtres et son frère Jean. Rappelons qu’ils furent appelés par Jésus au bord du lac de Tibériade pour le suivre. Hérode fait décapiter Jacques. On voit combien la justice était arbitraire et expéditive. Puis il s’en prend à Pierre, en le faisant arrêter et mettre en prison. Ce jour-là est « la fête des Pains sans levain » qui rappelle le départ de Moïse et des hébreux hors d’Égypte en ayant préparé l’agneau et les pains azymes, sans levain, pour un repas pris en hâte. L’arrestation de Pierre advient donc durant le temps pascal. On ne peut pas exécuter un condamné durant ces jours, voilà pourquoi Pierre est mis en prison « sous la garde de quatre escouades de quatre soldats » (Act 12,4). La sécurité est à son maximum. La nuit, Pierre est attaché avec des chaînes, et « deux soldats sont en faction devant la porte ». Mais c’était sans compter la force de la prière. « L’Église priait Dieu pour lui avec insistance » dit le récit. La prière est notre relation à Dieu. Comme chrétiens, nous prions dans l’Esprit avec Jésus-Christ, tournés vers le Père. Notre prière est trinitaire. Saint Paul dit que l’Esprit soutient notre prière, « il vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables » (Rm 8,26). Jésus insiste pour que nous croyons que ce que nous demandons en priant est déjà donné : « tout ce que vous demandez dans la prière, croyez que vous l’avez obtenu, et cela vous sera accordé » (Mc 11,24). Notre prière nous oriente dans la confiance vers le visage de Dieu miséricordieux et bienveillant. Nous pouvons parler à Dieu, nous mettant en sa présence par des paroles de confiance, nous lui disons notre désir d’être entendus et de nous mettre à son écoute. Nous recherchons la paix par des psalmodies libres et des paroles d’amour. Nous plaçons notre corps dans une position confortable, mais aussi adaptée à la prière de supplication. Et surtout, nous persévérons : la prière ressemble plus à une course de fond qu’à un sprint. C’est ce que faisaient les frères et les sœurs de saint Pierre alors que celui-ci croupissait dans son cachot. Ils priaient intensément et longuement. La suite du récit est improbable, et je vous en donne volontiers lecture. « Et voici que survint l’ange du Seigneur, et une lumière brilla dans la cellule. Il réveilla Pierre en le frappant au côté et dit : “Lève-toi vite.” Les chaînes lui tombèrent des mains. Alors l’ange lui dit : “Mets ta ceinture et chausse tes sandales.” Ce que fit Pierre. L’ange ajouta : “Enveloppe-toi de ton manteau et suis-moi”. (Act 12,7-8). À sa grande surprise, les portes s’ouvrent, personne ne fait obstacle, et Pierre se retrouve dehors dans la rue. C’est la nuit, il retourne à la maison, et là, bien qu’il frappe à la porte, la servante nommée Rhodè ne le croit pas libre et ne lui ouvre pas. Il y a là l’humour de l’Esprit Saint qui ouvre les portes de la prison mais qui ne permet pas à Pierre de retrouver les siens. Passée la surprise, on lui ouvre et il partage sa joie d’avoir été délivré de manière miraculeuse. La fin de ce chapitre des Actes nous remet en présence du roi Hérode qui fait mettre au supplice les pauvres gardiens de la prison qui paieront de leur propre vie l’échappée belle de Pierre. Ensuite Hérode part à Césarée. Il est admiré, on parle de lui comme d’un dieu, mais alors, dit le texte, « l’ange du Seigneur le frappa, parce qu’il n’avait pas rendu gloire à Dieu. Rongé par les vers, il expira » (Act 12,23). Ainsi finit la vie d’un tyran, qui s’assurait de son pouvoir par la tyrannie et le crime. Car Dieu ne laisse pas impunis ceux qui choisissent l’iniquité plutôt que la justice afin de régner. Dans les livres historiques de la Bible, cette situation est advenue plus d’une fois, ainsi la vie du roi Acab et de sa femme la reine Jézabel qui s’allièrent au mal (Cf. 1Roi 16-22). La vie des premières communautés chrétiennes était fortifiée par ces témoignages de libération et d’autres signes de la puissance divine. Elle demeurait cependant précaire, les communautés étant petites et souvent pauvres. La justice romaine pouvait sévir si on y voyait une forme de défi à l’autorité. Au sein même des communautés, la division advenait occasionnellement, comme on le lit dans les lettres de saint Paul. La transmission de la foi passait cependant par ces témoins qui quittaient tout pour partir au loin afin d’annoncer le Royaume de Dieu inauguré par Jésus-Christ reconnu comme le Messie attendu par les juifs. On vivait les béatitudes comme fondement d’une vie chrétienne tournée vers le Salut que Jésus proposait à ceux qui se faisaient baptiser. Les chrétiens vivaient parmi leurs contemporains, mais refusaient de participer aux pratiques culturelles qui contrevenaient à la loi de Dieu. Ils n’allaient pas au stade pour les combats de gladiateurs, ne divorçaient pas, n’abandonnaient pas leur enfant. Ils se savaient de passage en ce monde attendant la libération et la vie éternelle. Si Pierre fut victime des agissements du roi Hérode, c’est parce qu’il n’hésitait pas à annoncer le Royaume de Dieu et le saint Nom de Jésus. Car c’est en ce Nom que réside une promesse unique : « quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé » (Rm 10,13). Les religions païennes en vogue dans l’empire n’offraient rien de tel, aucune promesse d’une résurrection personnelle, aucune espérance de salut. Le christianisme naissant, lui, non seulement en parlait, mais pouvait s’appuyer sur un fait bouleversant : Jésus, Dieu fait homme, avait donné sa vie précisément pour que cette promesse soit réelle. C’est cette vérité que Pierre proclamait. C’est cette même vérité qui habitait Paul lorsqu’il écrit : « Annoncer l’Évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! » (1Co 9,16). Paul avait reçu mission d’apôtre pour porter la voix de Jésus jusqu’aux nations païennes, car « comment mettre sa foi en lui, si on ne l’a pas entendu ? Comment entendre si personne ne proclame ? » (Rm 10,14). Toute sa vie, il n’eut de cesse d’enseigner le Mystère de la foi chrétienne. Saint Luc ajoute à la fin de ce chapitre 12 des Actes « La parole de Dieu était féconde et se multipliait » (Act 12,24). N’est-ce pas notre situation actuelle ? Aujourd’hui, cette proclamation ne peut pourtant pas être l’apanage d’une élite catholique apte et formée. Elle est un appel que l’Esprit adresse à tout baptisé. Si nous voyons une baisse du nombre des célébrations et des sacrements, parce que les nouvelles générations se sont détournées de Dieu, simultanément nous constatons la qualité croissante de la recherche spirituelle des personnes « recommençantes ». Elles sont motivées, elles nous bousculent et désirent se former, elles espèrent un véritable accueil. Pour conclure avec espérance, je vous annonce que les entrées en propédeutique en vue du séminaire pour septembre 2026 sont en augmentation. Quelle grâce discerne-t-on là ? Il sera prudent d’attendre pour voir si cela se confirmera sur plusieurs années, mais un rebond des vocations sacerdotales serait-il en cours ? Ces faits nous invitent à continuer à prier avec persévérance. Ces derniers jours, le pape Léon XIV a réalisé un grand voyage en Espagne. Les grandes assemblées étaient au rendez-vous. Par sa parole, il a touché bien des personnes. Bientôt nous aurons à préparer sa venue en France. Je vous propose de prier pour lui et les chrétiens qui témoignent de manière admirable de leur attachement à Jésus-Christ en choisissant de lui donner leur vie. Notre Père.