Message fraternel de notre évêque Mgr Christory :
Quel contraste entre la joie éclatante exprimée par un million de fidèles chrétiens accueillant en France durant quatre jours le pape Léon, et les manifestations violentes qui ont éclaté dès le lendemain et qui ont enflammé tant de lycées, fomentées par des casseurs et soutenues par des hommes politiques incapables d’émettre des propos apaisants et constructifs. Les médias ont centré leur regard sur cette gabegie au point que les revendications souvent légitimes des lycéens sont devenues inaudibles.
C’est alors que je me suis rappelé le courage de cet homme chinois manifestant place Tian’anmen en 1989, qui faisait barrage, debout, avec son corps si frêle face à une colonne de quatre chars d’assaut. Comment ne pas comprendre que ces manifestations gagneraient en puissance par la non-violence, avec une participation courageuse et constructive de tous ? Dans son message pour la Journée mondiale de la paix, le pape Léon nous rappelait que la paix du Christ ressuscité est « une paix désarmée et une paix désarmante, humble et persévérante » et qu’elle « résiste à la violence et la surmonte ». Pourquoi ce cancer a-t-il pu se développer dans notre société, émettant ces métastases de violence ? Pourquoi ceux et celles qui sont élus aux plus hautes responsabilités de la société ne défendent-ils pas une expression libre et paisible et encouragent-ils les oppositions stériles qui empoisonnent les liens sociaux du pays ? À Metz, le pape demandait que la parole des croyants sache « désarmer les cœurs ». Toute parole publique ne devrait-elle pas y tendre ?
A contrario, la joie du cœur et la parole vigoureuse du pape Léon nous donnent un cap, apportent une lumière, cimentent la fraternité afin d’illuminer nos âmes et de nous donner l’envie de servir et de combattre le mal en vue du bien commun et du bonheur de chacun. Car, nous dit-il, « la bonté est désarmante ». La détresse de tant de jeunes, et parmi eux de nombreux lycéens, est réelle. Ils peinent à envisager leur avenir et s’inquiètent. Cette situation appelle chacun à réfléchir à son propre engagement afin de construire une société ouverte et libre. La tentation de l’expatriation pourrait gagner certains : mais est-il juste de déserter notre pays en oubliant ceux et celles que nous pourrions soutenir, accompagner et aider ici en France. Notre pays, la France, n’est-il pas la fille aînée de l’Église ? Notre pays a vécu tant de faits dramatiques et s’est toujours relevé, en s’appuyant sur ses racines chrétiennes pour permettre à chaque personne de vivre en paix et d’être éduquée. Certes, la situation économique est dramatique, la dette est immense et ne cesse d’augmenter. Mais n’est-ce pas là que se révéleront les belles âmes, celles qui appelleront à la paix et au dialogue, qui s’engageront avec leur expérience et leurs talents pour le bien de tous ? Nous espérons en la puissance de l’Esprit pour guider nos choix et fortifier notre détermination. « Ouvrons-nous à la paix ! », nous exhorte le pape Léon. Au nom de Jésus-Christ, si vous êtes catholiques, osez participer à cet élan, au nom de l’amour que nous devons à toute personne, y compris à ces lycéens plutôt perdus face à ces violences qui sont le fait d’une minorité.
Certains penseront que les disciples de Jésus sont dans l’illusion. Or le Christ nous a enseigné à ne pas craindre l’adversaire. Envoyés deux par deux annoncer le Royaume de Dieu, les disciples revinrent tout joyeux en disant : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom » (Lc 10, 17). Le pape Léon XIV précisait à l’UNESCO « Il ne s’agit pas de prôner un optimisme naïf, qui ignore les difficultés, mais de persévérer dans l’espoir que le bien est toujours possible. Chaque enfant qui naît apporte de l’espérance ». En effet, pourquoi craindre quand nous nous savons accompagnés ? Le pape Léon nous le rappelait : « Avant d’être un objectif, la paix est une présence et un cheminement. » Jésus dit alors à ses envoyés : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair. Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire. Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux » (Lc 10, 18-20). Faut-il voir l’action du diable dans les violences qui traversent notre pays ? La victoire de l’amour et de la foi durant la venue du pape Léon a certainement excité celui qui choisit de s’attaquer aux enfants de la femme, à ceux qui sont fidèles au Seigneur (cf. Ap 12, 17). Mais les images dans les paroles de Jésus sont fortes. Si les temps sont durs, nous nous réjouissons en louant Dieu, afin de vivre de la joie du Ciel, et nous bénissons Dieu que nous reconnaissons comme notre créateur. Nous savons qu’il a envoyé l’Esprit à ceux qui le prient et que l’Esprit nous défend de l’adversaire. C’est pour cette raison que tout chrétien qui n’a pas reçu le sacrement de la confirmation peut sans attendre en faire la demande à sa paroisse. Ne pas le faire est une erreur chez l’ignorant, mais c’est un péché chez le chrétien qui en connaît l’existence, puisque ce don divin est un canal de son amour infini. Or qui peut refuser l’amour divin sans pécher ?
Chrétiens, nous ouvrons nos yeux pour contempler les dons que le Seigneur fait à son Église. « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! » Et Jésus d’ajouter : « beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous-mêmes voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu » (Lc 10, 23-24). N’est-ce pas à ceux qui se font petits enfants que Dieu a réservé ses dons merveilleux, à l’instar de Marie-Garence, fillette de douze ans, lourdement handicapée, qui fut bercée dans les bras du pape Léon, et offrit à la France ce merveilleux échange de regards où se lit l’amour ? Ce moment comme suspendu, même bref, a donné à voir la dignité de toute personne dans sa fragilité et l’importance de l’infini respect envers la vie donnée. À Lourdes, le pape le disait aux malades : « Ici, la fragilité n’est pas cachée, elle devient le lieu d’une rencontre sacrée. » Cela n’exclut pas la douleur et la difficulté de certaines vies éprouvées par la maladie ou la faiblesse ; pourtant, elles nous dévoilent que l’être humain est fait pour l’amour, qui seul donne un sens infini à notre trajectoire terrestre. Les malades, insistait-il, sont « le cœur battant de notre humanité ».
Nous sommes en octobre, le mois du rosaire : trente et un jours que nous consacrons à la Vierge Marie, en priant fidèlement le chapelet quotidiennement comme le fait le pape Léon XIV en lui demandant son intercession en vue de la paix et de la fin de toutes les guerres. Là encore, que peuvent faire ce chapelet et ces grains que nous égrenons face à la puissance des armes et à la folie meurtrière de certains dirigeants politiques ? La foi nous donne une ferme espérance et je préfère croire qu’elle peut bousculer les plus hauts remparts plutôt que de me résigner à attendre un hypothétique arrêt des violences. Le pape Léon disait encore à l’UNESCO : « Nous ne sommes pas en chemin vers le néant. C’est pourquoi l’âme humaine, dans sa relation avec Dieu, ressent encore mieux l’appel à cultiver la paix au moyen d’une alliance entre des peuples qui se reconnaissent comme enfants du même Père et comme frères et sœurs. » Le chapelet est une arme puissante face à l’adversité. Le pape nous a demandé notre fidélité durant un mois. Accepterons-nous de répondre par notre prière ? Sur toute la surface de la terre, en ce mois d’octobre, des catholiques prient Notre-Dame, la Vierge Marie, et sont fidèles à une tradition séculaire. Ainsi, l’humanité, en tous pays, est entourée d’une affection spirituelle par cette prière ininterrompue, jour et nuit, et nous sommes protégés par celle qui est la mère du Sauveur, et qui désire que nous soyons à l’écoute de son Fils : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. » (Jn 2, 5). Maintenant, tournés ensemble vers Dieu, nous prions.
Notre-Père.
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