Message fraternel de notre évêque Mgr Christory :
Nous sommes en octobre au milieu du mois du rosaire. Cette appellation remonte au pape Léon XIII qui, à la fin du XIXe siècle, consacra tout le mois d’octobre à cette prière, prolongeant la fête de Notre-Dame du Rosaire instituée après la victoire de Lépante en 1571. Le mot « rosaire » vient des roses, ces fleurs qui embaument et que nous offrons à notre Mère céleste, la Vierge Marie, en signe de gratitude pour sa présence qui s’est manifestée en bien des lieux, notamment lors d’apparitions reconnues par l’Église comme pour son intercession auprès de Dieu. Marie est parfois appelée la « rose sans épines » car elle est sans péché.
À la fin du IIIe siècle, des chrétiens se tournaient vers Marie en la priant ainsi : « Sous l’abri de ta miséricorde, nous nous réfugions, sainte Mère de Dieu. Ne méprise pas nos prières quand nous sommes dans l’épreuve, mais de tous les dangers délivre-nous toujours, Vierge glorieuse, Vierge bienheureuse. » Cette prière mariale ne fait en aucun cas de l’ombre à l’unique médiateur du salut, Jésus-Christ (1 Tm 2,5). Saint Jean-Paul II l’explique en reprenant le Concile Vatican II dans son encyclique Redemptoris Mater : « Le rôle maternel de Marie à l’égard des hommes n’offusque et ne diminue en rien cette unique médiation du Christ : il en manifeste au contraire la vertu ». Le Seigneur ne peut que se réjouir de l’infini respect que nous témoignons à celle qui répondit par son « oui » à l’archange Gabriel et accueillit en son sein l’incarnation du Fils éternel de Dieu. Comme à Cana lors d’un mariage, Marie nous redit encore : « Faites tout ce qu’il vous dira » (Jn 2,5).
Ce mois du rosaire nous invite à égrener nos chapelets en méditant les mystères de la vie de Jésus. Nous pouvons y ajouter des clausules, ces phrases brèves qui enrichissent notre contemplation. Par exemple, après « et Jésus, le fruit de tes entrailles, est béni », il est possible de préciser : « Jésus, qui changea l’eau en vin, est béni ». Saint Jean-Paul II encourageait cet usage dans sa lettre sur le rosaire, Rosarium Virginis Mariae (2002). C’est dans ce texte qu’il ajouta les mystères lumineux, dont celui de Cana, et qu’il présenta le rosaire comme une prière profondément christologique : contempler avec Marie le visage du Christ. Certains ajoutent, à la fin de chaque dizaine, une prière de supplication venue des apparitions de Fatima, au Portugal : « Ô mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, préservez-nous du feu de l’enfer, conduisez au Ciel toutes les âmes, spécialement celles qui ont le plus besoin de votre miséricorde. »
Le chapelet est une prière simple et complète, une arme face à l’adversaire, une source de paix pour qui prend le temps de le méditer tranquillement. Saint Paul VI avertissait déjà que, sans contemplation, le rosaire devient un corps sans âme, et sa récitation une répétition mécanique de formules. Saint Jean-Paul II recommandait de marquer un temps de silence après l’annonce de chaque mystère. Et lorsque notre élan intérieur nous conduit à faire halte pour méditer le mystère prié, au point que le temps passe sans que nous puissions achever les cinq dizaines, rappelons-nous les conseils de bon sens de saint François de Sales. Il recommandait de ne pas nous inquiéter ni d’avoir de scrupules, car la prière conduit à l’union à Dieu, et Dieu ne tient pas le compte du nombre des Ave ou des Pater que nous aurons prononcés. L’important demeure la communion du cœur avec notre Seigneur, en présence de la Reine du Ciel, la Vierge Marie, qui accompagne tous nos efforts avec tendresse.
Ce mois du rosaire est aussi l’occasion d’approfondir notre théologie mariale. Celle-ci trouve son fondement dans le « oui » de Marie qui reçoit, dans une totale obéissance, l’invitation de Dieu portée par l’ange Gabriel. Jean-Paul II y voyait l’« obéissance de la foi » dont parle saint Paul (Rm 1,5). Marie se montra pleinement à l’écoute, qui est, par excellence, l’attitude de l’obéissance. Elle ne se regarda pas, ne se déroba pas à la demande et elle s’offrit pour le salut de tous. Son « oui » était déjà une participation, encore voilée, à la passion future de son Fils. Elle orienta sa vie pour en faire une offrande parfaite, « un sacrifice d’agréable odeur ».
Elle ne craignit pas le jugement des hommes et elle mit sa confiance en Joseph, son fiancé, à qui elle était déjà promise en mariage. Celui-ci, bien que dans l’incompréhension face à l’événement que l’ange lui confirmait en songe, entra dans le projet divin. Il choisit de prendre Marie pour épouse et devint le père putatif de cet enfant qu’il nomma Jésus (Mt 1,20-25). Le pape François, dans sa lettre Patris corde (2020), met en lumière ce père qui accueille sans tout comprendre et fait preuve d’un « courage créatif » pour protéger les siens. Marie trouva en Joseph le bon époux, le juste devant Dieu, qui accepta de donner sa vie pour ce projet en se faisant le protecteur de la petite famille ainsi constituée. Elle dut souvent bénir Dieu de lui avoir donné un tel époux, de la lignée du roi David.
Ce secret, Marie le porta avec Joseph jusqu’à sa mort. Qu’advint-il après la mort de Joseph ? Les saintes Écritures ne disent rien. Il semble que Marie, désormais veuve, et Jésus aient longtemps vécu et travaillé ensemble à Nazareth. Jésus vécut un célibat entièrement consacré à son Père, tout en se préparant à sa mission jusqu’à ce que son heure soit venue. Marie porta en elle la prophétie que le vieillard Siméon lui avait adressée lors de la présentation de l’Enfant au Temple, quarante jours après sa naissance : « Et toi, ton âme sera traversée d’un glaive » (Lc 2,35). Jean-Paul II vit dans cette parole comme une seconde annonce faite à Marie qui lui découvrait que sa maternité passerait par la souffrance. Jour après jour, fidèle aux promesses de Dieu que l’ange avait formulées (« Il sera appelé Fils du Très-Haut »), Marie pria dans l’humble maison de Nazareth. Elle servait ses proches et refusait toute compromission avec le mal, sans jamais pécher, elle que Dieu avait préservée de toute faute dès sa conception immaculée. Sa foi était une foi cachée, qui avançait parfois dans l’obscurité, jusqu’à ce que Jean-Paul II appelait la « kénose de la foi » au pied de la Croix. C’est pourquoi Benoît XVI aimait nommer Marie « étoile de l’espérance » : celle qui a traversé la nuit sans cesser de croire.
Maintenant c’est à chacun de se laisser entraîner à la suite de la Vierge Marie dans l’union à son Fils Jésus. « Faites tout ce qu’il vous dira » et vous serez en route sur la voie de la sainteté. Cela ne nous commande pas de faire des choses extraordinaires mais de répondre dans l’ordinaire de la vie avec fidélité et surtout avec amour aux attentes de ceux et celles qui vivent proches de nous. En priant le chapelet, ou même simplement une dizaine, en l’offrant pour un ami souffrant, nous participons à ce chapelet ininterrompu qui enveloppe toute la Terre, dans les églises, les hôpitaux et les écoles chrétiennes, les riches demeures comme les favelas. La Vierge Marie rejoint chacun et nous encourage à vivre une vie évangélique au service des autres.
Prions maintenant ensemble dans l’action de grâce afin de conserver la joie donnée par le saint Esprit
Notre-Père.
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