#407 « Le feu de l’amour peut-il magnifier la vie ? »

Message fraternel de notre évêque Mgr Christory : Face aux faits de violence dans la société, nous avons l’audace de parler du feu de l’amour, celui du Christ. Mon message vous parvient alors que je me trouve à Lourdes et c’est une belle joie de revoir ce sanctuaire où le pape Léon a prié en septembre. La prière pour les malades y est permanente et nous prions ici pour son complet rétablissement. Lourdes est un lieu de paix et de tendresse, unique en France, visité par des pèlerins du monde entier. Nous prions notre Seigneur pour la France et les maux qui la frappent. Comment rester spirituellement en paix face aux violences et aux invectives politiques ? Notre espérance est réelle : nous avons la conviction que notre devenir et celui de notre pays est entre les mains du Seigneur. Que nous dit la Bible ? On lit au livre des Chroniques ces mots du Seigneur : « Si je ferme le ciel et qu’il n’y ait pas de pluie, si je commande à la sauterelle de dévorer le pays, si j’envoie la peste dans mon peuple, et que mon peuple, sur qui est prononcé mon nom, s’incline et prie, s’il recherche ma face et revient de sa conduite mauvaise, moi, j’écouterai depuis les cieux, je pardonnerai son péché et je guérirai son pays » (2Chr 7,13-14). Le peuple hébreu, il y a trois mille ans, croyait que Dieu agissait sur la nature en toutes choses et c’est ce qu’affirme ce verset : Dieu commande et sa parole opère ce qu’il veut. Dans ces versets, Dieu désire le bien pour ce peuple si souvent infidèle à la loi. Or il attend des hommes qu’ils le prient dans une profonde révérence en reconnaissant sa grandeur ; il veut qu’ils le recherchent dans leur vie quotidienne, ce qui signifie qu’ils vivent en sa présence avec foi et respect. Dieu annonce que le péché pourra être pardonné et que le pays sera guéri. Est-ce que cette guérison peut advenir pour la France ? Notre pays fait-il preuve d’un réel respect envers Dieu pour que ce dernier guérisse les maux qui ont délité nos relations sociales ? Nous l’espérons, nous prions en ce sens, et nous prions à la place de ceux et celles qui ignorent Dieu, et de ceux qui font un mal profond aux autres tout en refusant la part de Dieu par pur orgueil et par défiance. Nous prions pour les casseurs et les violents qui ont pillé et détruit des lieux de travail et blessé la vie de tant de personnes courageuses dans l’effort. Avec la Révélation divine, nous apprenons que la volonté de Dieu passe par des actions spirituelles, que sont les sacrements, et par des actions humaines réalisées dans la lumière de la Sagesse divine et avec foi. Dieu offre sa grâce et emplit tout l’être de l’homme qui se rend disponible, afin qu’il vive le double commandement de l’amour : « Aime ton Dieu et aime ton prochain comme toi-même » (Mt 22,37-39). C’est pourquoi nous prions intensément, car tout dépend de Dieu, et nous agissons, puisque Dieu a confié à l’homme le soin de réaliser dans les affaires publiques ce qu’il lui inspire. Il est donc nécessaire que les chrétiens s’engagent généreusement au service de la Nation, notamment localement, c’est-à-dire aux niveaux communal et départemental, là où l’on a des relations de proximité avec les habitants. Il est écrit que le Seigneur « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes » (Mt 5,45). Décidons d’œuvrer pour le bien commun, assurés que la grâce ne nous manquera pas. Nous espérons que la campagne politique en vue des élections se déroulera dans le respect de tous, même entre opposants politiques. Comme catholiques, nous avons le droit de rêver tout en modérant nos propres propos et en acceptant les débats d’idées qui feront avancer la résolution des questions sociales complexes. L’apôtre saint Paul se réjouit d’entendre le rapport qu’il reçoit de la vie de la communauté de Thessalonique. Sa lettre débute ainsi : « À tout moment, nous rendons grâce à Dieu au sujet de vous tous, en faisant mémoire de vous dans nos prières. Sans cesse, nous nous souvenons que votre foi est active, que votre charité se donne de la peine, que votre espérance tient bon en notre Seigneur Jésus Christ, en présence de Dieu notre Père » (1Th 1,2-3). Cette communauté était composée de chrétiens de tous les milieux, d’esclaves, d’artisans et de marchands. Leurs intérêts économiques et leur vie devaient les différencier et même les éloigner. Pourtant, Paul sait qu’ils vivent une charité mutuelle et qu’ensemble ils témoignent du salut aux païens. Paul ajoutera dans sa lettre : « vous êtes devenus un modèle pour tous les croyants de Macédoine et de Grèce » (1Th 1,7), ce qui est somme toute extraordinaire. Mais pourquoi l’apôtre considère les Thessaloniciens comme des modèles ? Parce qu’ils ont accueillis : « la Parole au milieu de bien des épreuves, avec la joie de l’Esprit Saint » (1Th 1,6). Ainsi, la joie et l’Esprit Saint vont ensemble : ils sont le feu que Jésus désire allumer. Comment témoigner de la possibilité de cette fraternité ouverte et joyeuse si ce n’est par une vie ecclésiale qui soit signe d’une communion d’amour entre humains, y compris avec les personnes qui ne croient pas en Dieu ? Nous avons reçu cet appel et nous avons besoin de lieux accueillants pour tous. En Eure-et-Loir, nous portons le projet Chartres 2040, qui est en réalité une mission destinée à l’annonce de l’Évangile par le témoignage et l’accueil inconditionnel au nom de Jésus. Notre mission a généralement comme fruit direct la joie des participants, puisque l’Esprit agit dans le cœur de celui qui recherche son action. Un fruit de l’Esprit n’est-il pas la joie ? Notre mission est exigeante puisqu’elle demande de sortir de soi pour aller vers l’autre et d’accepter sa différence. Nous découvrons alors que le cœur des gens est préparé à la rencontre. Nous pouvons parfois, comme un comédien qui éprouve le trac en montant sur scène, être saisis de crainte avant de parler du Christ. Mais l’expérience montre qu’il est bon de dépasser cette crainte avec courage et simplicité. Bien entendu, ce sera différent s’il s’agit d’une rencontre entre deux personnes ou s’il faut faire face à une assemblée. Jésus disait de ne pas nous inquiéter des mots que nous aurions à dire, puisque c’est l’Esprit Saint qui nous les inspirerait. La confiance et l’audace sont nécessaires pour transmettre à notre société, si souvent marquée par la violence, l’amour du Christ. La vie est toujours un don à chérir. Le 11 novembre, une fois de plus, nous commémorerons l’armistice qui mit fin à la Grande Guerre de 14-18, cette folie meurtrière poussée à son paroxysme par une créativité industrielle mise au service de l’armement. Il en résulta tant de sang versé et tant de larmes. Nous avons beaucoup à faire pour l’entraide dans nos quartiers, l’éducation des jeunes, l’accompagnement des plus pauvres, tant à donner à ceux qui souffrent, tant à imaginer pour une société du bien. Aujourd’hui, nous devrions tous crier : « Plus jamais la guerre ! » et dire à ceux qui seraient disposés à la faire : « Ouvrez les yeux, les champs sont mûrs pour la moisson », une moisson d’amour. Les prophètes demandaient que l’on fît des socs de charrue avec le métal des épées. Tout ce que nos entreprises fabriquent devrait servir à la vie et à la collectivité pour offrir une vie meilleure. Jésus commence son discours sur la montagne par les béatitudes, dont celle-ci : « Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu » (Mt 5,9). Je vous propose de prier avec confiance pour qu’une nouvelle inventivité surgisse dans les milieux politiques, économiques, associatifs et d’autres encore afin que se construise à frais nouveaux la civilisation de l’amour. Aucune autre voie n’apportera la paix : soyons confiants et déterminés. Notre-Père.