#399 « Que nous apprennent les Actes des Apôtres sur la fin de vie de saint Paul ? »

Message fraternel de notre évêque Mgr Christory : Avant d’apporter une réponse, je souhaite vous souhaiter une belle rentrée pastorale dans vos paroisses et vos mouvements. Nous espérons le meilleur. Pourtant le monde n’est pas pleinement en paix. La guerre continue en plusieurs lieux. Des dirigeants ne veulent pas la paix, alors qu’elle est tant attendue par les populations touchées par ces conflits. Comment est-il possible que la raison soit aveuglée au point de vouloir la mort d’autrui ? Le 11 septembre est une date marquée par la conjonction des forces obscures du malin qui causèrent la mort de milliers de personnes à New York lors de l’effondrement du World Trade Center puis, par l’engrenage de la guerre, de tant d’autres victimes dans le monde. Heureusement, il est possible de regarder encore la vie avec espoir et de nous demander : comment l’amour peut-il vaincre les tentations mortifères pour bâtir des relations saines et offrir à chacun une vie assez heureuse ? La Sainte Écriture dit que le « cœur de l’homme est malade ». Mais l’arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse. Ainsi sont-elles nombreuses ces personnes de bonne volonté à vouloir et à faire le bien. Chrétiens, puisons dans notre foi la bonne énergie dans le but de répondre aux appels de l’Esprit et être des artisans de paix là où nous sommes envoyés. Nous sommes au chapitre 28 des Actes des Apôtres. Paul arrive à Malte où le bateau s’est échoué après la violente tempête qui causa son naufrage, mais dont tous les passagers sortirent indemnes. C’est sur la plage que se produit un premier miracle. Des « indigènes » viennent vers les naufragés et tentent de leur porter secours en allumant un feu afin de réchauffer les compagnons de voyage de Paul qui souffraient d’épuisement et de froid. Or Paul se saisit d’une brassée de bois pour alimenter le feu, et en sort une vipère qui le mord à la main. Tous sont effrayés et craignent pour sa vie. Les indigènes croient que Paul est un « meurtrier » que la justice divine punit. Or Paul secoue sa main, jetant le serpent dans le feu. Rien ne lui arrive, il est sain et sauf. Certains le prennent alors pour un dieu. Paul est accueilli par le premier magistrat de l’île, un certain Publius, dont le père est alité, malade de la dysenterie. Paul lui impose les mains, prie pour lui et lui rend la santé. La nouvelle se répand et on lui apporte tous les malades : il prient pour eux et ils sont guéris. Paul demeure sur l’île de Malte pendant trois mois, attendant une saison meilleure pour reprendre la mer. Voguant vers l’Italie, il fait escale à Syracuse où il retrouve des disciples de Jésus. Enfin, au terme d’une ultime traversée en mer, Paul débarque et est emmené à Rome pour y être jugé par l’empereur. Il a affronté maints dangers et subi tant de violences ! Mais il a su annoncer à temps et à contretemps l’Évangile du Salut. Ne disait-il pas : « malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile » ? Il a formé, encouragé tant de disciples dont les noms si nombreux apparaissent au détour d’une phrase dans ce grand récit lucanien, ou dans les épîtres qu’il adressait aux communautés. Parmi eux, des saints et des saintes se sont levés, lui ont emboîté le pas, l’ont suivi jusqu’au martyre. D’autres n’ont pas pu ajuster leur vie et ont abandonné la voie du Christ. Enfin, certains, et Paul le mentionne avec émotion, l’ont trahi. À Rome, Paul est dans une relative liberté, on lui concède « d’habiter en ville avec le soldat qui le gardait » (Act 28,16). Il peut donc recevoir des amis et des personnes qui souhaitent devenir chrétiens. Il continue d’écrire, pour transmettre la Bonne Nouvelle et soutenir les communautés, ne sachant pas quand il sera finalement jugé. « Paul demeura deux années entières dans le logement qu’il avait loué ; il accueillait tous ceux qui venaient chez lui ; il annonçait le règne de Dieu et il enseignait ce qui concerne le Seigneur Jésus-Christ avec une entière assurance et sans obstacle » (Act 28,30-31). Le point important de cette période romaine est la rencontre des juifs résidant à Rome. Ils sont nombreux ceux qui viennent le voir, l’écouter, ou discuter avec lui. Paul reprend son témoignage afin de les convaincre que Jésus est le Messie attendu par leur peuple. « Les uns se laissaient convaincre par de telles paroles, les autres refusaient de croire » (Act 28,24). Alors Paul cite le prophète Isaïe, et ses mots nous concernent aussi : « Vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas, vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. Le cœur de ce peuple s’est alourdi, ils sont devenus durs d’oreille, ils se sont bouché les yeux de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur cœur ne comprenne, qu’ils ne se convertissent, et moi, je les guérirai. » (Act 28,26-27) Demandons-nous : qui entend et comprend les paroles que l’Esprit nous donne de la part de Dieu ? Comment sommes-nous des écoutants, formés pour discerner ses motions ? Avons-nous des occasions d’être ensemble à l’écoute de la Parole de manière priante pour recevoir ce qui jaillit intérieurement en chacun et le partager ? Le livre des Actes s’achève sur ce séjour à Rome. Ni le jugement de Paul, ni la fin de sa vie, ni son martyre ne sont relatés. C’est la Tradition qui rapporte qu’il fut condamné à la décapitation, là où est construite la basilique Saint-Paul-hors-les-murs, à Rome, sur le lieu même de sa confession. Paul est ce géant de la foi qui, avec Pierre, a versé son sang pour Jésus. Pierre avait été appelé au bord du lac de Tibériade lors d’une pêche, Paul à la porte de Damas alors qu’il allait y arrêter les chrétiens. Chacun rencontra de manière personnelle et radicale Jésus, Pierre en chair et en os, Paul par une apparition qui le fit choir et le rendit temporairement aveugle. Depuis deux mille ans, des hommes, des femmes, de toutes conditions et peuples, ont rencontré Jésus-Christ selon des modalités diverses et ont eu la conviction qu’ils étaient appelés à consacrer toute leur vie pour lui et l’annonce du Royaume. Saint Ignace choisit cette voie après la lecture des récits de vies de saints qui l’émouvaient et le maintenaient joyeux. Posons-nous la question importante qui est, je le pense, celle que l’Esprit veut nous poser : notre vie peut-elle espérer une voie plus accomplie que vivre pleinement à la suite du Christ ? Être disciple, totalement, en s’offrant corps et âme, n’est pas la voie de la facilité, c’est même sans doute celle de la pauvreté et de la souffrance. Pourtant nous attestons qu’il y a là un chemin magnifique fait de relations, de partages, de bienfaits tant avec le Seigneur qu’avec des frères qui peuvent combler les plus profondes attentes du cœur humain. Le choix est exigeant, comme lorsqu’il faut larguer les amarres, car c’est un appel à se séparer d’une vie somme toute bien tracée et possiblement confortable. Mais ce chemin, aride peut-être, est une voie en vue du bonheur. Le psalmiste l’exprime poétiquement : « Quelle joie quand on m’a dit : Nous irons à la maison du Seigneur ! » (Ps 121,1) et « Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants » (Ps 114,9). Sur ce chemin, nous ne sommes pas seuls. L’Esprit appelé le Paraclet nous console et nous défend. Le Christ a promis d’être avec nous tous les jours jusqu’à la fin des temps. La Miséricorde du Père est une source vitale ininterrompue, elle nous attend dans l’éternité bienheureuse. Je vous propose de prier ensemble. Avons-nous le désir de nous mettre en route à la suite du Christ ? Demandons au Seigneur sa lumière pour comprendre quel est notre appel. Bien entendu, il ne s’agit pas de quitter son conjoint et ses enfants, ni forcément son travail ou sa maison. Il est possible de vivre, là où nous vivons, cette belle union avec Jésus-Christ, par la prière, la réception des sacrements, la méditation de la Parole et l’exercice concret de la charité. Car l’amour est la source de tout, et l’amour est le but de tout. Prions pour aimer intensément et demandons la grâce d’aimer même ceux qui ne nous semblent pas aimables. Ainsi, ce monde en proie à tant de violence sera meilleur et plus heureux. Le Seigneur appelle aussi certains à tout quitter pour le suivre : qui entendra et qui osera ? Notre Père.