Message fraternel de notre évêque Mgr Christory :
Quel avenir pour notre Église ? Si la venue du pape Léon en France a suscité la joie, ravivé l’espérance et donné un élan de foi, cela ne peut estomper la réalité d’un avenir difficile pour notre Église en France. Vous avez connaissance des indicateurs et des statistiques que les sociologues ressassent pour nous dire la gravité de la situation même si le nombre des catéchumènes est en forte hausse. Comme évêque, je perçois le questionnement des croyants : aurons-nous encore des pasteurs ? Aurons-nous encore la messe à proximité de chez nous ? En réalité ne devrions-nous pas prendre de la hauteur pour avoir conscience que nous portons en nous le trésor de la foi ? Dieu a choisi de faire sa demeure en nous et il est là, en nous. C’est une réalité spirituelle acquise. Un petit espace suffit à la lumière pour passer et faire disparaître l’obscurité. La foi est une lumière merveilleuse qui modifie notre perception de la vie. Notre prière soutient notre relation avec Jésus qui s’est fait proche et nous a promis d’être avec nous tous les jours. Comment cela se réalise-t-il ? Par son Esprit qu’il envoie et qui infuse en nous ses dons, afin que nous bénéficions dorénavant de ses fruits. C’est pourquoi, dans la lumière de la foi, nous choisissons de lui faire confiance, en nous fiant à sa providence pour nos besoins, en accueillant son pardon quand nous péchons, en bâtissant une société bienveillante même si la violence advient souvent. La confiance est un acte de foi, que nous cultivons au quotidien par des petits actes de foi, sans laisser les pensées déprimantes nous envahir. La confiance n’est pas un simple sentiment mais une attitude concrète dans les faits quotidiens.
Cet avenir de l’Église est bien entendu un mystère car seul le Saint Esprit connaît son devenir. Le Seigneur nous a confié son Royaume, nous appelant à réaliser une communauté de saints, attachés à sa Parole, nourris de ses sacrements, attentifs à la charité, vivant en communion avec le successeur de Pierre, le pape. C’est ainsi que nous entreprenons notre marche dans la lumière du Saint Esprit qui éclaire la Parole devenue notre guide : « heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent » (Lc 11,28). C’est un chemin collectif en vue d’un discernement spirituel qui s’ouvre devant nous, sans que nous connaissions la destination. Certes notre destinée ultime est le Ciel et la Gloire de Dieu, ou encore le Paradis, au terme d’un jugement personnel auquel nous nous préparons par un surcroît d’amour envers Dieu et nos prochains. Personne, aucun baptisé, ne doit se sentir exclu pour commencer sa marche sur ce chemin. En effet, le chrétien est enfant de Dieu par son baptême et il est appelé à user de ses talents et de ses charismes pour éclairer le discernement communautaire. Pour cela, il est nécessaire de se rencontrer, de s’écouter, d’oser partager nos intuitions, d’organiser des cercles de réflexion, de tirer une synthèse de nos échanges qui servira à la communauté. Avant de rechercher des solutions concrètes, nous essayerons de formuler les questions fondamentales qui se posent à notre communauté : quelles sont nos expériences de la vie en Église ? Que comprenons-nous de l’appel de Dieu ? Qu’est-ce qu’une vraie fraternité ? Qu’est-ce que Jésus-Christ espère de nous selon son évangile ?
Certes, alors que l’avenir de l’Église est incertain, nous pouvons être inquiets. Pourtant l’Esprit nous propose une véritable aventure à vivre ensemble, dans l’amour mutuel et la prière. Pourquoi nous inquiétons-nous, puisque le Seigneur est là ? Nous avons les ressources pour vivre en chrétien : la Parole, les sacrements, le témoignage des saints, l’enseignement de l’Église, la Tradition, nos communautés. En marchant sur ce chemin, la joie nous est donnée dans la fraternité qui se construit, dans la diversité des itinéraires et des sensibilités, par le partage de nos convictions et de nos envies de bâtir un beau projet. Cette diversité est féconde, dans la mesure où nous concentrons notre attention vers nos frères et sœurs différents pour entendre et comprendre le sens de leur pensée. Le pape disait à Paris : « la communion ne supprime en rien la diversité. Au contraire, elle permet à la diversité de s’épanouir dans l’harmonie des voix et des visages » (UNESCO, le 27 septembre 2026). Recevoir des autres leurs intuitions et leurs convictions est la juste voie en vue d’un enrichissement personnel quand la complémentarité fait la richesse de nos conversations. Peu à peu, l’Église s’organise et essaie de nouvelles propositions, elle s’ouvre aux expériences faites par d’autres communautés et diocèses. En cela, la présence parmi nous de prêtres venus d’Afrique en mission ici est un atout. De nombreux laïcs venus de divers pays prennent part à la vie de notre Église, ce qui est un bienfait. On peut parler d’interculturalité positive quand Jésus-Christ est la pierre de fondement qui nous porte et nous réunit. Si nous sommes disséminés sur de vastes territoires, des liens forts nous unissent découlant d’un unique baptême. Quelle joie de vous rencontrer lors de nos liturgies et de nos voyages. Je bénis Dieu de m’avoir fait connaître la richesse de son Église et je veux le louer avec ceux et celles qui élèvent leurs chants pour le glorifier.
Regardons la Vierge Marie. Elle nous enveloppe de son amour maternel. Elle nous pousse à la confiance. Sois sans crainte petit troupeau, le Seigneur Jésus est là et Marie désire nous protéger. À Cana, commença la vie publique de Jésus, Marie était présente et ressentait intimement le désarroi des serviteurs de la noce, qui n’avaient plus de vin. Elle pria son Fils d’agir, mais celui-ci lui répondit d’une manière qui semble rude : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue » (Jn 2,4). Pourtant, à nouveau, elle fit confiance. Elle dit aux serviteurs d’agir comme son Fils le leur dirait et elle s’en remit totalement à lui. Jésus accueillit la prière de sa mère et accomplit le premier de ses signes en faveur des jeunes mariés et de leurs invités : à sa parole, l’eau fut changée en un vin meilleur que le premier servi. Lors de ce mariage a commencé la mission d’intercession de la Vierge Marie.
Comme l’écrivait saint Jean-Paul II, Marie se tient entre son Fils et les hommes, dans la réalité de leurs manques et de leurs souffrances. Elle connaît nos besoins, dans la mesure où ils sont justes et servent à l’avènement du Royaume des Cieux. Le pape François soulignait d’ailleurs cette délicatesse de Marie, attentive aux détails qui échappent aux autres et prompte à intervenir avec tendresse. En ce mois d’octobre, le pape Léon XIV nous invite à prier quotidiennement le chapelet pour obtenir la fin des guerres. Nous prions pour la conversion des âmes et le désarmement des cœurs. Nous prions pour que se lèvent des personnes engagées dans l’éducation à la paix, au dialogue, à l’amour du prochain et, à l’invitation de Jésus-Christ, à l’amour des ennemis qui peut désarmer les haines. Face au mal et à toutes les formes de violences et de maltraitance, se lèvent des hommes et des femmes, des anciens comme des jeunes qui aspirent à bâtir une société de paix. Ne les décevons pas et soutenons les initiatives qu’ils portent pour cet avenir.
Notre-Père.
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