Message fraternel de notre évêque Mgr Christory :
Juillet, l’été, les vacances : après une première canicule qui nous a tous enveloppés de moiteur chaude, c’est le temps de prendre un rythme spirituel estival, de nous saisir d’un bon livre inspirant, comme une belle biographie d’un saint par exemple. Surtout, il y a la Bible, en version papier ou électronique, à méditer sans modération. Rappelons l’adage de saint Jérôme « l’ignorance des Saintes Écritures, c’est l’ignorance du Christ ». Or nous ne voulons pas être des ignorants des enseignements sacrés, car nous aimons Jésus-Christ. Avec un bon mélange fait de zèle, de courage, de persévérance, de désir, de goût pour la découverte, nous voici en route pour approfondir notre foi et être disposés à transmettre ce que nous avons reçu. Bonne route.
Maintenant, pour arriver prochainement au terme des Actes des apôtres, nous faisons halte au chapitre 17 qui nous transporte à Thessalonique. Là, ce ne fut pas facile pour Paul et Silas, car si certains « se laissèrent convaincre et s’attachèrent à eux », beaucoup de juifs de la synagogue prirent en grippe nos deux disciples qui furent contraints de quitter cette ville de nuit pour éviter l’émeute fomentée contre eux. Cependant, un petit groupe de croyants était constitué. Le texte ne précise pas qui en sont les nouveaux membres, mais plus tard Paul écrira deux lettres aux Thessaloniciens incluses dans le Nouveau Testament. La graine était semée par leur courage et leur prédication. Elle porterait du fruit en son temps.
À Bérée, les fruits furent plus manifestes chez les juifs, car « ils avaient des sentiments plus nobles que ceux de Thessalonique ». On dit « qu’ils accueillirent la Parole de tout leur cœur, interrogeant chaque jour les Écritures pour voir si ce que l’on disait était exact. Beaucoup d’entre eux devinrent donc croyants, ainsi que des femmes grecques de qualité et un bon nombre d’hommes » (Act 17,11-12). Mais déjà on poursuivait encore Paul et Silas qui reprirent la mer pour accoster à Athènes.
Athènes est la ville chargée d’histoire qui a marqué notre culture occidentale. On connaît les athéniens comme philosophes. Mais Athènes est aussi une ville religieuse, où les idoles et les dieux abondaient. En venant annoncer sa foi et parler de Jésus-Christ, Paul intriguait. Les auditeurs reconnaissaient sa science puisqu’il avait étudié dans les meilleures écoles de Jérusalem. Aussi, le récit précise que les « philosophes épicuriens et stoïciens venaient s’entretenir avec lui ». Saint Luc, notre rédacteur, ajoute des commentaires assez amusants : « certains disaient : “Que peut-il bien vouloir dire, ce radoteur ?” Et d’autres : “On dirait un prêcheur de divinités étrangères.” Ils disaient cela parce que Paul se faisait le messager de “Jésus” et de “Résurrection”. Ils vinrent le prendre pour le conduire à l’Aréopage [c’est-à-dire l’assemblée des sages qui se retrouvent pour discourir]. Ils lui disaient : “Pouvons-nous savoir quel est cet enseignement nouveau que tu proposes ? Tu nous rebats les oreilles de choses étranges. Nous voulons donc savoir ce que cela signifie.” Tous les Athéniens, en effet, ainsi que les étrangers de passage, ne consacraient leur temps à rien d’autre que dire ou écouter la dernière nouveauté » (Act 17,18-21).
Dans nos missions actuelles, il arrive que le débat s’installe et qu’une forme de joute verbale ne porte en réalité aucun fruit, chacun des protagonistes demeurant ancré dans ses certitudes. En réalité, c’est le témoignage de vie qui rejoint les personnes, quand celui-ci explicite l’œuvre de la grâce dans une vie, voire la rencontre de Dieu par une expérience intérieure bouleversante et unique. Face aux athéniens, Paul trouve un moyen de les rejoindre, en ayant constaté l’existence d’un temple dédié « au dieu inconnu ». Il est probable que ceux qui avaient imaginé ce lieu voulaient éviter le courroux d’un dieu que l’on aurait oublié de nommer dans le panthéon habituel.
Arrêtons-nous donc sur ce discours étonnant de Paul, qui révèle sa finesse d’esprit et tout son art pour offrir une synthèse qu’il espère crédible. Voici ce qui nous est rapporté.
« Or, ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer. Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qu’il contient, lui qui est Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas des sanctuaires faits de main d’homme ; il n’est pas non plus servi par des mains humaines, comme s’il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous la vie, le souffle et tout le nécessaire. À partir d’un seul homme, il a fait tous les peuples pour qu’ils habitent sur toute la surface de la terre, fixant les moments de leur histoire et les limites de leur habitat ; Dieu les a faits pour qu’ils le cherchent et, si possible, l’atteignent et le trouvent, lui qui, en fait, n’est pas loin de chacun de nous. Car c’est en lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être. Ainsi l’ont également dit certains de vos poètes : Nous sommes de sa descendance. Si donc nous sommes de la descendance de Dieu, nous ne devons pas penser que la divinité est pareille à une statue d’or, d’argent ou de pierre sculptée par l’art et l’imagination de l’homme. Et voici que Dieu, sans tenir compte des temps où les hommes l’ont ignoré, leur enjoint maintenant de se convertir, tous et partout. En effet, il a fixé le jour où il va juger la terre avec justice, par un homme qu’il a établi pour cela, quand il l’a accrédité auprès de tous en le ressuscitant d’entre les morts » (Act 17,23-31)
Ce discours veut être un pont entre la révélation chrétienne et la philosophie des grecs. D’emblée, il ne souligne pas leur ignorance, mais il valorise le fait que le dieu inconnu a un nom et une histoire. Paul ne brandit pas une vérité contre une autre : il tend la main là où elle est déjà tendue, et l’autel au dieu inconnu devient pour lui une porte d’entrée plutôt qu’une erreur à corriger. Paul tente de dévoiler la réalité de ce dieu inconnu pour les conduire à accueillir Dieu révélé en Jésus-Christ. Pour cela il ne cite pas l’histoire juive, ne mentionne pas les patriarches et les prophètes comme il le fait face aux juifs. Il part de la raison naturelle et de la philosophie grecque. Il désire que tous s’accordent sur l’idée que Dieu « donne à tous la vie, le souffle et tout le nécessaire ». Il avance pas à pas, il rapproche ce Dieu des hommes en affirmant que « Dieu les a faits pour qu’ils le cherchent et, si possible, l’atteignent et le trouvent, lui qui, en fait, n’est pas loin de chacun de nous ». Paul parle ici de ce qu’il a lui-même vécu : Dieu n’est pas un concept lointain, il s’est fait proche de lui sur le chemin de Damas, et c’est cela qu’il veut faire toucher du doigt aux Athéniens. Aussi ose-t-il leur dire que nous « sommes de sa descendance ». Chrétiens, nous dirions que nous sommes fils et fille de Dieu. Paul ne le précise pas encore. Ce lien transcendant entre le Dieu créateur et ses créatures appelle la conversion, le choix de reconnaître cet homme établi pour le jugement, que « Dieu a ressuscité d’entre les morts ». Or la révélation chrétienne de la résurrection se heurte fortement aux croyances des athéniens. Pour eux le corps ne peut pas ressusciter. L’âme se dissout à la mort et parler d’une résurrection personnelle n’a pas de sens. Ainsi, disent-ils alors à Paul avec moquerie : « Là-dessus nous t’écouterons une autre fois. »
Paul affirme que parler de la résurrection de Jésus-Christ est « un scandale pour les juifs et une folie pour les grecs » (1 Co 1,23). Ne soyons donc pas surpris si ce fait, pour nous évident, n’est pas reçu de ceux auxquels nous témoignons de la beauté de l’Évangile. En effet, l’accueil de cette vérité achoppe sur la conviction des gens que cela ne se peut pas, et qu’il faut être illuminé (ou aveugle…) pour croire une telle chose. Effectivement la résurrection de Jésus le troisième jour de son séjour au tombeau est impossible à vue humaine. Mais Dieu l’a ressuscité, lui ce Dieu que nul ne peut entièrement saisir, et ce dogme central révèle le salut obtenu pour nous tous, en vue de la vie éternelle. De cela, nous devons à Dieu une infinie gratitude.
Que resta-t-il de la rencontre que fit Paul à l’aréopage d’Athènes lorsqu’il partit ? En réalité, un début de quelque chose de nouveau puisque « quelques hommes s’attachèrent à lui et devinrent croyants. Parmi eux, il y avait Denys, membre de l’Aréopage, et une femme nommée Damaris, ainsi que d’autres avec eux » (Act 17,34).
Je vous propose de prier maintenant pour la mission que nous vivons au sein de l’Église alors que nous sommes envoyés par Jésus « comme des brebis au milieu des loups » afin de révéler la résurrection. N’ayons pas peur des moqueries, osons, nous aussi, parler de notre espérance avec les mots de notre temps, et soyons sûrs de la grandeur d’un tel don. Prions pour ceux et celles qui se lancent résolument dans la mission.
Notre Père
Contact
Pour nous joindre, n’hésitez pas à :
venir au presbytère lors d’une permanence d’accueil, nous nous ferons une joie de vous accueillir,
nous appeler au 02 37 33 03 19,
nous laisser un message via le formulaire de contact suivant !
Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur notre site web. Si vous continuez à utiliser ce site, nous supposerons que vous en êtes satisfait.